AM Art Films
Paris, 2015

Spirit of Dunois Street

Franck Scurti

Dans son atelier de la rue Dunois à Paris, Franck Scurti nous raconte comment, à partir d’objets trouvés dans la rue, il crée des œuvres d’art. Il détourne ces matériaux, leur adjoint sa touche et leur confère un sens profond non dénué d’humour.

Le mystère de la grande pyramide

Jamais l’inspiration ne choit du ciel mais peut très bien d’une poche tomber. Voilà à quoi songe Franck Scurti en reluquant une piétonne s’extasier d’une pièce de monnaie dégotée à même le sol. Comme le hasard fait bien les choses, mais ne les finit jamais, Scurti devient alors artiste-chiffonnier, non pas de la ville ni du quartier, mais de la Rue Dunois, dans le XIII ème arrondissement de Paris où se trouve son atelier. Le temps d’une promenade, il glane sur le trottoir des objets sans guère plus de valeur ajoutée, mauvaise graisse que le capitalisme tardif a exsudée. Avec précision et concision, dans une économie de moyen qui frise la paupérisation, Franck Scurti, golden boy du pauvre, convertit soigneusement ces rebuts en œuvre d’art.

Les images de Zakaria Mahmoud nous éclaire sur l’élaboration des pièces qui feront « Spirit of Dunois Street », une exposition qui se déroula à la Galerie Michel Rein. L’artiste travaille, entre autre, à une grande composition sur laquelle la musique de Nathalie Forget semble improvisée. Son nom : The Yellow Suite. Au mur de l’atelier, des œuvres, résidus d’un monde de signes par l’artiste agencés, forment une succession de hiéroglyphes précaires que le regardeur se devra plus tard de décrypter. Le film lui emprunte son rythme intime et son sens de l’ellipse : sur une ligne d’horizon qui va de l’aube au crépuscule, du bitume à la salle d’exposition, de l’anecdote à la grande histoire de l’Art, un récit sédimente la trace d’un regard, celui de l’artiste sur son environnement social, politique et culturel.

Une légende égyptienne raconte que la voie lactée a émergé des eaux sous la forme d’une montagne de détritus sur lequel un oiseau céleste déposa un œuf contenant Râ, le dieu du soleil. Franck Scurti, en scribe scrupuleux, sait qu’une galerie est une coquille vide et lisse qu’il faut savoir fêler pour que puissent enfin y pénétrer le monde et la lumière.


Thomas Bernard
Rennes – Avril 2019

Thomas Bernard est né à Libourne en 1980.Chroniqueur Art pour Fluide Glacial, il est aussi commissaire d'expositions pour la Véranda et co-directeur artistique pour Ferraille Productions du festival Formula Bula, bande dessinée et plus si affinités.

A propos

L'artiste
Franck Scurti est né en 1965 à Lyon.
Vidéaste, sculpteur, installateur, peintre, il vit et travaille à Paris.

Il est représenté par la galerie Michel Rein.

Réalisation
Zakaria Mahmoud

Musique originale
Nathalie Forget


Durée
00:06:56
AM Art Films
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