AM Art Films
Megève, 2015

La créativité du vivant

Philippe Durand

Entre contemplation et photographie mentale, Philippe Durand explore la montagne à la fonte des neiges. Il cherche à capter la structure des flocons. Ces prises de vue donneront naissance à des photographies lenticulaires au bord de l’abstraction.

Voyage intérieur-extérieur

Dés les premières images de « La créativité du vivant », le film de Georges de Genevraye, un léger frisson nous parcourt. Pas un frisson d’épouvante mais plutôt cette sensation qui nous accompagne dans les premiers instants d’une promenade, lorsqu’au sortir de l’hiver, on plonge dans le doux frimas d’un paysage. L’objectif se pose au plus près d’une matière délicate et aérienne dont à première vue on ne saurait dire avec précision si elle est écume, mousse, éponge ou neige. Mais le doute s’efface très vite à la vue du défilé de télésièges et de sapins qui s’avancent: on est à la montagne. Dans les Alpes. Dans la neige juste avant qu’elle ne disparaisse. Focalisé sur l’instant précis où les cristaux de neige commencent à fondre lentement, l’artiste Philippe Durand nous entraîne à marcher dans ses pas. Au moment où le manteau blanc des montagnes se macule et se perce, laissant apparaître peu à peu des auréoles d’une nature jusque-là endormie. Lente et rêveuse, la caméra de Georges de Genevraye n’en est pas moins précise jusque dans les détails de cette nature en plein éveil et à laquelle l’artiste donne la parole à travers ses photographies. Alors que le réalisateur adopte un point de vue intimiste, l’artiste nous met dans la confidence. On explore avec lui ces paysages en voie de réchauffement au rythme de ses tâtonnements, éclairages et réflexions. Au centre de ses recherches du moment, il y a donc cette insaisissable légèreté de la neige, ainsi que son continuel dialogue avec les mondes minéral et végétal. Armé de son 3D Wizard, Philippe Durand cherche à en dégager l’infinie poésie. L’imagerie lenticulaire lui permet de réunir trois facettes d’une même vue en une seule, donnant ainsi une impression de profondeur à ces images. Mais la technique ne saurait suffire. L’éternel promeneur qu’est Philippe Durand ne se contente pas de prélever des échantillons de cette généreuse nature en perpétuelle mutation.
Il la personnifie jusqu’à en révéler sa créativité. Non seulement, ses photographies montrent la nature sous différentes facettes, mais en plus, l’artiste rend hommage à son immense inventivité graphique et formelle. Sur le mode de la paréidolie, on y reconnait en effet formes et motifs qui nous sont familiers et qui semblent avoir été dessinés par la nature elle-même. A la fois sauvage et éphèmère, cette « créativité du vivant » qui navigue entre abstraction et figuration, a souvent une longueur d’avance sur l’artiste. C’est ce que semble nous souffler humblement Philippe Durand sous l’œil complice du réalisateur Georges de Genevraye. La musique d’Alex Petit accompagne discrètement ces images et fait tinter en douceur les notes d’un chaleureux voyage intérieur qui se joue fraîchement en extérieur.


Anaïd Demir
Novembre 2019

Anaïd Demir, critique d’art et commissaire d’exposition, a collaboré à de nombreuses publications dont Le Journal des Arts, Beaux-Arts Magazine, Photo, Le Monde 2, GQ,… et à Radio Nova. Auteure de romans ancrés dans le champ de l’art comme Le Dernier jour de Jean-Michel Basquiat (2010, Ed. Anabet), Joconde Intime (Éditions Léo Scheer-Laureli, 2011), son prochain roman, Maison-mère, est en cours d’élaboration et a reçu le concours du CNL.

A propos

L'artiste
Philippe Durand est né en 1963.
Plasticien, il vit à Paris. Il est représenté par la galerie Laurent Godin.


Réalisation et image
Georges de Genevraye

Montage
Susana Kourjian

Musique originale
Alexandre Petit

Durée
00:08:24
AM Art Films
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